S’éclairer aux ordures, une fausse bonne idée ?

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Actu. Une étude publiée dans le journal Renewable Energy affirme qu’en Espagne, près de 7% de l’électricité pourrait être produite à partir des ordures, des boues de stations d’épurations et du purin issu du bétail.

Des chercheurs de l’Université de Zaragoza (Espagne) ont calculé  le potentiel économique et énergétique de ces trois sources de déchets et le résultat est loin d’être négligeable. L’étude montre que l’on pourrait ainsi générer jusqu’à 20,95 térawatts-heures soit l’équivalent de 7,2% de la consommation espagnole d’électricité en 2008.

Plusieurs méthodes de production d’énergie à partir de ces déchets ont été analysées mais la piste financièrement la plus intéressante serait celle de l’incinération des déchets urbains. Dans un incinérateur, comme dans la plupart des centrales électriques, la chaleur dégagée permet de chauffer de l’eau dont la vapeur actionne des turbines qui produisent de l’électricité. La seule différence avec une centrale à gaz, à charbon, ou même nucléaire, c’est le combustible qui est ici abondant et gratuit.

De plus, le volume des déchets mis en décharge s’en trouve réduit, de même que celui des gaz dégagés lors de leur décomposition comme le méthane, un puissant gaz à effet de serre. Mais le problème, c’est que l’incinération produit un autre gaz à effet de serre en grande quantité : le CO2.

Quittons l’Espagne et remontons vers le nord, en France. Aujourd’hui plus de 60% des usines d’incinération du pays produisent de l’électricité ou de la chaleur. Cela fait des ordures ménagères la troisième source d’électricité issue d’énergies renouvelables, après l’hydraulique et l’éolien.

De l’électricité pour 25 000 personnes

En Bourgogne, par exemple, l’incinérateur du Grand Dijon traite les déchets de 360 000 habitants et produit en retour assez de courant pour alimenter ses propres installations ainsi qu’une ville de 25 000 personnes.  Mais si le dégagement de polluants très toxiques comme les dioxines est limité sur les incinérateurs récents, le CO2 est toujours envoyé dans l’atmosphère : il représente 9% des fumées émises (le taux de C02 atmosphérique est lui inférieur à 0,04%).

Continuons notre remontée septentrionale et traversons la Manche. En 2006, un rapport publié par la branche anglaise de l’association Les Amis de la Terre critiquait la volonté du gouvernement britannique de développer ce mode de production d’énergie. L’argument principal était justement les importantes émissions de CO2 des incinérateurs, plus élevées que celles de centrales au gaz naturel (combustible fossile donc non renouvelable).

Mieux vaut trier et recycler

Selon le rapport, il faut privilégier le recyclage des déchets issus des hydrocarbures (comme les plastiques) et la décomposition bactérienne des matières biodégradables issues de végétaux où d’animaux (déchets agricoles ou de cuisine). On limite alors le dégagement de CO2, et on récupère le méthane produit par les bactéries afin de l’utiliser comme combustible dans des centrales au gaz. L’étude espagnole évoquée précédemment aborde d’ailleurs le traitement bactérien des déchets, mais il est considéré comme moins efficace que l’incinération, financièrement parlant…

Après l’enfouissement du carbone, les agrocarburants ou même les lampes à basse consommation, la production d’énergie par incinération des déchets est loin d’être la première technologie étiquetée « écologique » ou « développement durable » qui fait débat. Et lorsque l’on considère les enjeux politiques, économique et, ne l’oublions pas, sociaux liés au changement climatique et à la crise écologique en général, il y a fort à parier qu’elle ne sera pas la dernière…

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1 commentaire pour S’éclairer aux ordures, une fausse bonne idée ?

  • Fabien Goubet

    Une question me turlupine :
    Mais pourquoi les Espagnols se réveillent et veulent faire de l’électricité à partir des ordures alors que comme tu le dis, en France c’est déjà la troisième source depuis belle lurette?
    Et pour le CO2, ce type d’installation est typiquement destiné à être connecté à des enfouisseurs pour la sequestration géologique du gaz.

    Et n’oubliez pas aussi une autre source d’électricité : la centrale de merde

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