Evolution du climat : les manuels de géographie pas très chauds

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Des enfants supportant le globe terrestreArticle. Enseigner aux écoliers les problématiques sociétales comme le réchauffement climatique s’avère être une tâche ardue. D’autant que les présentations qui en sont faites dans les manuels scolaires sont plutôt hétérogènes.

Comment bien enseigner sans les bons manuels ? Question pertinente que pose le Syndicat national des éditeurs (SNE) dans son rapport du 21 octobre. En effet, 80 % des manuels scolaires de collège ne seraient pas conformes aux programmes. Comment former les futurs citoyens à l’esprit critique et, en particulier, leur donner les moyens de comprendre les débats de société actuels ? A ce jour, la seule étude disponible concerne les livres de géographie de seconde générale et la manière dont ils abordent la question du réchauffement climatique. Verdict : pourraient mieux faire.

Au terme de l’analyse de neuf manuels de géographie destinés aux classes de seconde publiés entre 2001 et 2006, il apparaît que sept d’entre eux abordent la question de l’évolution du climat. Vincent Marin, auteur de l’étude et professeur de l’académie de Lyon, note en outre que cinq seulement font part des incertitudes sur les prédictions des climatologues, de manière plus ou moins marquée. Pourtant le programme semble clair : les professeurs doivent obligatoirement sensibiliser leurs élèves aux questions de société face aux risques. Alors pourquoi ne pas aborder la question des changements climatiques, à l’heure où les scientifiques alertent sur l’accélération de la fonte de la banquise ?

Aux éditions Belin, on se veut prudent. Dans leur livre de géographie édité en 2005, le réchauffement climatique n’y est pas traité. On y parle bien de risques mais seulement des cyclones. L’éditeur Sébastien Leplaideur explique :

« Le processus d’aboutissement au manuel est long et complexe. Il nous a paru trop difficile en 2005 de traiter une telle question en quelques documents, d’autant qu’elle n’était pas spécifiquement au programme. »

La question du réchauffement était sans doute moins médiatisée avant 2006, mais qu’en sera-t-il dans les prochaines éditions ?

« La priorité d’un éditeur, c’est de rester conforme aux programmes. Ils vont peut-être changer, notamment avec la future réforme du lycée. Si la thématique de « La société face aux risques » est maintenue, alors nous aborderons certainement le réchauffement climatique. »

Dont acte.

Même si les connaissances en 2006 étaient moins précises qu’elles ne le sont en 2010, le phénomène laisse songeur. Les modèles numériques chers aux climatologues seraient-ils dans le collimateur des géographes ? Peut-être, répond Virginie Albe, professeur de didactique des sciences et techniques à l’Ecole normale supérieure de Cachan :

« Le GIEC est censé donner des réponses précises aux gouvernements. Dans les laboratoires, le problème est vécu de manière différente et de nombreux points de controverse subsistent encore aujourd’hui. »,

d’où la prudence des géographes. Une prudence que désapprouve fermement Michel Crépon, océanographe au Laboratoire d’océanographie et de climatologie (LOCEAN) de l’université Paris VI :

« Je ne vois pas comment un manuel traitant des risques naturels pourrait faire l’impasse sur le réchauffement climatique. On devrait insister davantage sur ses effets potentiellement dévastateurs.»

Alors, à quels saints nos chères têtes blondes doivent-elles se vouer ? L’enjeu n’est certes pas d’inculquer des vérités, mais plutôt de rendre compte du fonctionnement de la science :

Changement de programme !

Le réchauffement climatique fait dorénavant partie intégrante du programme de géographie…de 5ème, autour du thème « développement durable ». L’idée de sensibiliser des élèves plus jeunes à cette problématique est louable, à condition qu’il s’agisse d’une simple initiation, destinée à être approfondie dans les classes ultérieures. Présenter les différentes facettes du réchauffement climatique, les implications politiques, médiatiques, les controverses scientifiques, ou encore expliquer le pourquoi de certaines thèses négationnistes, relève de la gageure pour un professeur face à une classe de 30 pré-adolescents.

« S’il y a des controverses alors il faut les enseigner comme telles », ajoute Virginie Albe. On lit d’ailleurs dans le Bulletin officiel (1) que : « [l'enseignement des controverses] permet de présenter les connaissances scientifiques comme une construction humaine progressive et non comme un ensemble de vérités révélées », ou encore que « la curiosité pour les sciences se nourrit de connaître les controverses, qui surprennent le bon sens et bouleversent la perception immédiate et intuitive du monde. »

Présenter la science sans artifice, de la manière dont elle se fait chaque jour, avec ses questionnements, ses débats, ses argumentations, serait donc la meilleure forme d’enseignement de ces sujets épineux. Dans les autres pays les réactions sont parfois éloquentes. Aux Etats-Unis ce sont les parents d’élèves des School boards qui décident des programmes scolaires. Et en Grande Bretagne, c’est un juge qui a tranché en 2007 sur un point de désaccord concernant la projection dans les classes du film d’Al Gore, « Une vérité qui dérange » en imposant la publication d’un tableau correctif comportant neuf points erronés ou encore débattus.

1 : BO du 5/08/2005 « introduction commune aux disciplines scientifiques »

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Photo : Children holding up a giant inflated globe – thaths – Flickr

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