Actu. Pour comprendre les sons émis par son interlocuteur, il suffit de le regarder attentivement et d’ouvrir bien grand ses oreilles. Insuffisant, affirment Bryan Gick et Donald Derrick, de l’université de Vancouver, pour qui il faut aussi utiliser…sa peau!
Déchiffrer un phonème nécessite évidemment de l’entendre avant tout. Il est toutefois admis que la vue rentre en jeu pour bien comprendre un son : l’expression de la personne, mais aussi le mouvement de ses lèvres sont riches en indications.
Les deux chercheurs du département de linguistique viennent de découvrir une autre source d’information sur l’interprétation des sons : les bouffées d’air quasiment indécelables qui sont expulsées lors de la prononciation. La turbulence générée serait ensuite détectée par notre peau, dont certains récepteurs informeraient le cerveau des subtiles pressions enregistrées afin d’intégrer le message. Leurs travaux sont rapportés dans la revue Nature du 26 novembre 2009.
L’expérience qu’ils ont menée consiste à faire écouter aux cobayes les phonèmes « ba », « pa », « ta » ou « da », grâce à une machine (pour ne créer aucun mouvement d’air, celui-ci étant créé par un petit tuyau qui souffle, ou non, sur la peau de la main ou du cou des participants afin d’analyser uniquement les effets dûs à l’air.)
Les sons pa et ta sont dits explosifs et génèrent une forte expulsion d’air, alors que ba et da en génèrent moins.
Leurs résultats montrent que pour les sons explosifs, la perception du déplacement d’air permet une meilleure reconnaissance : 80 % des participants reconnaissent correctement un son explosif lorsque souffle le tuyau. Cette proportion passe à 60 % lorsqu’aucun souffle n’est émis par le tuyau. La sensation d’arrivée d’air sur la peau semble donc permettre une meilleure perception des sons qui sortent de la bouche avec une bouffée d’air.
A l’inverse, les sons ba et da ne génèrent que très peu d’air expulsé. Si on émet un souffle sur leur peau à l’écoute de ces sons, alors les cobayes les reconnaissent moins bien, comme « parasités » par ces bouffées : encore une fois la perturbation diminue de 20 % la proportion de cobayes reconnaissant correctement les sons.
Pour Bryan Gick et Donald Derrick, le couplage entre l’audition et la sensation cutanée et aussi important qu’avec la vue, ce qui ouvre de nouvelles perspectives de compréhension de la façon dont nous communiquons, et qui pourrait par exemple se révéler utile pour les malentendants. Il paraît toutefois difficile de quantifier l’impact de cette nouvelle façon d’entendre selon les situations, par exemple lorsque l’interlocuteur est loin, ou que beaucoup de gens parlent dans un même espace. Il faudra donc attendre des expérimentations plus poussées dans ce secteur avant de conclure quant à l’intérêt de cette découverte.









