Dossier bionique. Siège de la circulation sanguine, notre bonne vieille pompe cardiaque bat environ 3 milliards de fois au cours de notre vie. Qu’un jour il nous lâche, et c’est le drame. En cas de défaillance, le remplacer se révèle aléatoire, tant les listes d’attente sont longues et les problèmes de compatibilité élevés. La solution du Pr Carpentier de l’hôpital Pompidou? Vous greffer un coeur 100% artificiel qui marche aussi bien que votre modèle d’origine! Aurez-vous le coeur suffisamment bien accroché pour lire cet article?
L’idée de greffer un coeur synthétique n’est pas nouvelle : dans les années 1960, le Dr. Robert Jarvik inventa un premier prototype de coeur artificiel, le Jarvik-7. Ce fut le premier à recevoir l’autorisation d’implantation chez des sujets gravement malades, en 1982. Le premier bénéficiaire, le Dr. Barney Clark, survécut 3 mois.
Comme on peut le voir sur cette illustration, l’objet était quelque peu encombrant. A cela s’ajoutaient des problèmes de coagulation, qui ne facilitaient rien.
L’idée du coeur artificiel du Pr. Carpentier, nommé Carmat (une contraction de Carpentier et Matra, le partenaire principal du projet) a germé dans son esprit au début des années 90. Quinze ans et 55 millions d’euros plus tard, le prototype du Carmat est dévoilé, en 2008. Moins encombrant que le Jarvik-7 (il occupe un volume équivalent à seulement 40% de celui de son concurrent), il est également plus léger : 900g dans sa dernière version, soit le triple du poids d’un coeur naturel (voir la vidéo).
Plus fonctionnel que nature!
Architecturalement, le Carmat ressemble à s’y méprendre à son cousin naturel : 2 oreillettes, reliées à 2 ventricules. Il est truffé de capteurs de pression qui vont réguler l’ouverture et la fermeture des valves cardiaques de façon indépendante. Il est même capable de répondre comme un coeur humain à des situations pathologiques.
Matériaux de pointe
Un des risques les plus sérieux faisant suite à l’implantation d’une telle prothèse est la thrombose : lorsque le sang est en contact avec de la matière inorganique, il coagule. Pas terrible de se retrouver avec des ventricules bouchés… Le Carmat résout ce problème grâce à sa composition en matériaux biosynthétiques, qui empêchent la coagulation, et limitent également les risques de rejet.
T’as une prise? Faut que je recharge mon coeur…
Alimenté par un couple de batteries interne et externe, le Carmat offre une autonomie de 4 à 5 heures, qui doit bientôt pouvoir être étendue à 12 heures. Une prise située derrière l’oreille permet de recharger la batterie interne, cette zone ne s’infectant jamais. Un dispositif de recharge par induction est également à l’étude.
Le Carmat n’est pas le seul à pointer le bout de ses oreillettes sur ce marché sanguinolent. Son concurrent américain s’appelle Abiocor. Commercialisé par Abiomed, il a obtenu une autorisation d’essai en 2006 chez 14 patients d’un hôpital du Kentucky, avec une durée moyenne de survie de 5 mois. Une durée qui devrait considérablement augmenter grâce aux matériaux composant le Carmat. La prochaine étape ? 2011, voire 2012, pour les premiers essais chez des patients.
A lire également :
La page du Jarvik-7
Le site du Carmat
Tous les articles sur la santé











