Rentables et propres ?

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biofuel1Dossier agrocarburants. Après leur étude de 2002 sur les bilans énergétiques et environnementaux des agrocarburants, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) et la Direction des ressources énergétiques et minérales (DIREM) viennent de publier un nouvel état des lieux.

Les ressources en pétrole se tarissent, c’est un fait. Le réchauffement climatique est une réalité et serait en partie causée par les émissions de gaz à effet de serre (GES). Il serait donc de bon goût que les agrocarburants -ou biocarburants-, alternative envisageable (et envisagée) aux carburants d’origine fossile satisfassent les deux critères : rentabilité énergétique et émissions de GES limitées. C’est là que le bât blesse : alors que l’Ademe et la Direm annoncent des résultats prometteurs, d’autres études dénoncent des chiffres catastrophiques.

En 2002, la société de conseil française Ecobilan, leader en matière d’évaluation environnementale des produits et services, était mandatée par l’Ademe et la Direm pour réaliser une étude sur les performances des agrocarburants*. Cette étude visait à évaluer leurs impacts sur l’environnement tout au long de leur cycle de vie, depuis leur extraction ou plantation jusqu’à leur utilisation finale.

Les résultats étaient prometteurs : l’éthanol aurait un rendement énergétique deux fois supérieur à l’essence, le biodiesel trois fois supérieur au gazole. En termes d’économie d’énergie non-renouvelable, la filière agrocarburants serait donc très intéressante. Quant au gain d’émissions de GES, il serait de 60 % pour l’éthanol par rapport à l’essence et de 70 % pour le biodiesel de colza par rapport au gazole. Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes.

Néanmoins, ces études sont loin de faire l’unanimité. Exemple flagrant : en 2005, David Pimentel du College of Agriculture and Life Sciences, (Université de Cornell, Etats-Unis), et Tad W. Patzek du Department of Civil and Environmental Engineering (Université de Californie, Etats-Unis) sont arrivés à une conclusion totalement opposée : le bilan énergétique des biocarburants serait selon eux plus mauvais que celui des combustibles fossiles. Où est l’erreur ?

Pour Etienne Poitrat, de la Direction de l’agriculture et des bioénergies de l’Ademe et membre du comité de pilotage de l’étude de 2002,

« Ces études n’ont pas été réalisées dans les règles de l’art, en respectant par exemple les normes ISO**. Nombre d’arguments restent à démontrer et la polémique est plus de nature politique et idéologique que scientifique ».

Quoi qu’il en soit, il fallait tenter d’expliquer ces divergences. Ecobilan a donc réalisé un comparatif des principales analyses de cycle de vie publiées pour le compte de l’Ademe. Résultat : une fois les résultats normalisés (utilisation des mêmes unités pour décrire les mêmes entités), les différences sont aplanies et les études les plus correctes tendent vers les mêmes conclusions.

Il n’en reste pas moins qu’une sérieuse actualisation des analyses de cycle de vie reste à faire : de l’eau est passée sous les ponts depuis 2002, et pas mal de biocarburant dans les éprouvettes. Des nouvelles filières ont vu le jour et des gains de productivité considérables ont été atteints dans l’agriculture.

Parallèlement, certaines innovations technologiques comme les chaufferies biomasse sont encore à l’étude tandis que de nouveaux paramètres doivent être pris en compte selon ce qui est ressorti d’une étude méthodologique réalisée par l’Ademe en juin 2008. (En particulier les émissions de protoxyde d’azote ne figuraient pas dans l’étude de 2002 et alors que leur impact est loin d’être négligeable).

La mise à jour de l’étude qui vient d’être soumise en octobre 2009 à l’analyse critique finale par un comité d’experts scientifiques de l’Ademe traite aussi la question des produits importés. En effet, en milieu tropical, les conséquences environnementales du changement d’affectation des sols sont énormes et doivent être prises en compte. Toutefois, comme le présentait déjà Etienne Poitrat il y a quelques mois,

« les résultats de cette nouvelle étude devraient à nouveau être en faveur des biocarburants. La perte de gain due à la nécessaire modification et prise en compte de certains facteurs serait compensée par le progrès technique atteint à l’heure actuelle »

Des propos confirmés par ceux de nombreuses associations écologistes dont Michel Dubromel, de France Nature Environnement qui déclarait via le site EurActiv.fr le 13 octobre 2009 :

« le texte manque de transparence malgré une approche initiale très saine. Ce n’est pas la peine d’avoir mené une étude aussi longue, pendant deux ans, pour rendre des conclusions aussi vagues ».

* Bilans énergétiques et gaz à effet de serre des filières de production de biocarburants en France, décembre 2002
** Ces normes sont définies par l’Organisation internationale de normalisation (ISO) comme standards mondiaux de conformité en matière d’industrie et de commerce.

image: Alternative Energy Galore, rpeschetz, flickr





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