Dossier agrocarburants. La recherche sur la mise au point d’un carburant à base de microalgues, l’algocarburant, bat son plein en ces temps de crise pétrolière. Encore à l’étude, nombre d’entreprises en visent déjà la commercialisation.
Rouler au naturel, sans mettre en péril l’alimentation mondiale tout en contribuant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre… est-ce réalisable ? Les carburants à base de céréales ou de sucre ont permis de croire un temps qu’ils feraient l’affaire. Mais leurs inconvénients s’accumulent. Une nouvelle piste ranime les espoirs : les algocarburants ou agrocarburants de troisième génération. Selon nombre d’équipes de recherche et d’industriels, les microalgues pourraient investir nos réservoirs dans une quinzaine d’années.
Utiliser les microalgues comme carburant, l’idée n’est pas nouvelle. Elle revient sur le devant de la scène depuis les années 1950 à chaque flambée du prix du pétrole. Algues microscopiques faisant partie dans la nature du plancton marin, les chercheurs les étudient pour leur grande faculté à produire des lipides. En les pressant elles libèrent une huile, matière principale de l’algocarburant.
Le potentiel de ce dernier est tel qu’il écraserait sur le plan écologique tout autre concurrent au remplacement des énergies fossiles. Ces micro-organismes sont capables de pomper le CO2 de l’air, et pourraient ainsi concourir à réduire l’émission des gaz à effets de serre. De plus, la faible surface nécessaire à leur culture ne mettrait pas en péril l’alimentation mondiale.
Mais si la production de l’algocarburant est en théorie possible depuis soixante ans, pourquoi n’est-il pas d’ores et déjà disponible ? A ce jour en effet, un problème de taille persiste : son coût de production. Au stade où en est la recherche, un litre d’algocarburant coûterait entre 5€ et 11€. Et devant l’urgence de trouver une solution à la pénurie de pétrole, les chercheurs du monde entier tentent de remédier à la question.
« Le potentiel des microalgues justifie qu’on y consacre de gros moyens »
a déclaré Olivier Bernard, coordinateur du projet français Shamash et chercheur à l’Institut national de recherche en informatique et automatique (INRIA) de Sophia Antipolis Méditerranée. Financé par l’Agence nationale de la recherche, ce projet est issu de la collaboration de sept équipes de recherche et d’un industriel.
« Notre but est de définir les conditions optimales de production d’huile tout en maintenant une forte croissance des algues »
indique O. Bernard. Chaque espèce d’algue, pour se développer de manière optimale, nécessite une dose d’ensoleillement et des apports nutritifs précis. Ce faisant, seule la connaissance parfaite et aujourd’hui lacunaire de ces paramètres permettra la commercialisation à moindre coût de l’algocarburant. Ainsi le projet Shamash met au point des bioréacteurs dans lesquels les tests de développement des algues sont réalisés (voir encadré).
| Culture d’algues La production d’algocarburant nécessite de cultiver les microalgues à l’échelle industrielle. Afin de ne pas perturber leur environnement marin naturel, elles en sont extraites puis cultivées en laboratoires géants. L’option de culture choisie par le projet Shamash est celle des bioréacteurs. Exposées au soleil dans des tubes transparents d’une dizaine de centimètres de diamètre, les chercheurs injectent aux microalgues le CO2 nécessaire à leur activité photosynthétique. Ils y génèrent aussi un stress en réduisant les apports nutritifs de différentes natures selon l’espèce algaire cultivée (il peut s’agir de silicium ou d’azote par exemple). Cette carence pousse les microalgues à stocker des lipides, garants de leur survie en milieu limité. Ainsi une algue peut en accumuler, selon son espèce, 50 à 80% de son poids. Et c’est cette huile qui fera par la suite office de carburant. Les activités du projet Shamash visent à identifier quels taux de CO2, d’apports nutritifs et d’ensoleillement apporter selon l’espèce d’algue étudiée, pour produire un maximum d’huile pour un coût minimum. |
Un nouveau projet de recherche français, Safeoil, est labellisé par le Pôle-Mer-Bretagne et s’associe aux chercheurs de l’Ifremer. Son but consiste à élever les microalgues dans des étendues d’eau remplissant d’anciennes carrières de kaolin près de Ploemeur. A terme, ce site devrait être le premier démonstrateur industriel français de production d’algocarburant. Il pourra à l’avenir en accueillir la production au stade industriel.
En Europe ce succès prometteur est tel que le carburant aux microalgues, encore en éprouvettes, fait déjà l’objet d’accords passés entre entreprises et laboratoires privés. Ainsi la société néerlandaise AlgaeLink annonçait avoir signé en avril 2008 un contrat d’exclusivité avec la compagnie aérienne Air France-KLM pour son approvisionnement futur en algocarburant. En Grande-Bretagne, cet engouement a même atteint les sphères politiques sous la houlette de l’entreprise Carbon Trust. Via ses fondateurs (le Ministère de l’énergie et le Département des affaires britannique), elle lançait un appel à projets en octobre 2008 aux firmes anglo-saxonnes pour concevoir l’algocarburant.
Les recherches menées par les laboratoires d’outre-Atlantique sont elles aussi très actives.
« Soixante sociétés dans le monde travaillent à l’heure actuelle sur les microalgues. Il y a beaucoup d’argent investi. Shell, Boeing, prennent date pour le jour où cela pourra marcher »
indique Jean-Paul Cadoret, chef du laboratoire de physiologie et biotechnologie des algues de l’Ifremer, dans son communiqué de février 2008. Les Américains testent d’ailleurs déjà leur carburant sur les avions depuis avril dernier. Ils en prévoient la commercialisation dès la fin 2009. La recherche européenne se fera-t-elle doubler ?
Quoi qu’il en soit, c’est dans un contexte économique difficile que l’algocarburant reste suspendu à son coût de production.
A lire également :
Le Programme national de recherche sur les bioénergies (PNRB)










