
Article. La pollution lumineuse est un réel problème qui inquiète malheureusement peu. Les gaz à effet de serre et le changement climatique sont des sujets qui intéressent davantage car jugés bien plus graves. Pourtant, la lumière artificielle omniprésente modifie les écosystèmes à tous les niveaux. Le parlement vient de légiférer cette nuisance, afin de protéger nos nuits et enfin voir réapparaitre les étoiles.
Bientôt les petits n’auront plus peur du noir. Et pour cause, il ne fait quasiment plus nuit dans nos métropoles. La voie lactée disparaît du ciel de nos villes où elle est réduite à une vingtaine d’étoiles seulement contre environ 2000 en campagne. Les réverbères des voies de circulation, les panneaux publicitaires et autres néons nuisent à l’obscurité. Leur lumière qui n’est pas dirigée, donc trop diffuse, empêche une bonne observation des astres. Ainsi remarque-t-on des halos jaunes autour des agglomérations qui cachent 90% des étoiles.
| Des évolutions prochaines :
C’est désormais au tour du projet de loi Grenelle 2 dit « transition environnementale » d’être examiné par les parlementaires au premier trimestre 2009. Ce texte précise les modalités concrètes d’application du Grenelle 1. Il va donc falloir s’habituer à voir s’éteindre nos villes lumières. L’ONU a décrété que cette année serait celle de l’astronomie, pour célébrer le quatrième centenaire de l’utilisation de la lunette astronomique de Galilée. Une année idéale pour faire à nouveau scintiller nos nuits, pour le plus grand bonheur de tous, astronomes ou simples contemplateurs de la voûte céleste. |
L’article 36 de la loi Grenelle 1 adoptée par l’Assemblée Nationale fin octobre 2008, prévoit de lutter contre cette pollution. Le secrétaire d’Etat à l’Ecologie Nathalie Kosciusko Morizet est à l’origine de ce projet de loi et en précise l’enjeu : « Il ne s’agit pas forcément d’éclairer moins mais déjà d’éclairer mieux ». De plus, cela peut représenter de réelles économies énergétiques. Il suffit pour cela d’agir sur la puissance, l’orientation et les horaires d’utilisation.
Une pollution en augmentation
Selon l’Atlas mondial de la clarté artificielle du ciel nocturne créé par l’astronome Cinzano en 2001, les halos jaunes entourant les villes augmentent de 5% par an en Europe et 20% de la surface du globe est touchée par la pollution lumineuse. Ainsi, l’Observatoire de Meudon, bâti en 1876 sur ce site reconnu notamment pour la noirceur de ses nuits, est maintenant condamné à des conditions d’étude désastreuses.
Les astronomes pouvaient par le passé examiner les astres grâce à l’obscurité quasiment totale. Aujourd’hui, le bâtiment est baigné dans un halo jaune dû à l’éclairage de Paris.
Il en est de même pour l’Observatoire du pic du Midi. L’astrophysicien Sébastien Vauclair, souhaite en faire un symbole et projette d’ouvrir en juin 2009 une « réserve internationale de ciel étoilé ». Il existe déjà de telles réserves : au Québec, sur le Mont-Mégantic, un périmètre de 5500 km2 a été créé autour de l’observatoire, où l’on peut désormais contempler la voûte céleste dans des conditions comparables à celles d’il y a trente ans. La pollution lumineuse a ainsi été réduite d’environ un quart.
De plus, les impacts écologiques et même sanitaires d’une telle intensité sont démontrés à tous les niveaux des écosystèmes. Les oiseaux n’ont plus de repères lors de la migration, les insectes sont désorientés et n’assurent plus la pollinisation. La capacité à la reproduction est également touchée. La flore n’est pas épargnée : la croissance des plantes ainsi que la floraison sont modifiées par un environnement trop lumineux.
Quant à l’homme, une exposition excessive diminue la production de mélatonine, hormone du sommeil qui freine le vieillissement, les tumeurs et stabilise la tension. Des études ont démontré qu’il y a également une incidence sur le risque de développer un cancer du sein. Ainsi, pour réduire ces conséquences, la loi votée le 21 octobre 2008, prévoit de donner aux pouvoirs locaux les moyens de « prévenir, supprimer ou limiter » les émissions lumineuses nuisibles.
L’article 36 du Grenelle 1 prévoit de lutter également contre la nuisance sonore. Les plus gros « points noirs du bruit » seront inventoriés et devront être résorbés dans un délai maximal de sept ans, avec l’aide du gouvernement qui collaborera avec les collectivités territoriales et les opérateurs des transports ferroviaires, routiers et aériens.
Des solutions doublement avantageuses
L’apparition de cette pollution lumineuse n’est pourtant pas si récente. Dès 1830, le responsable de l’éclairage de Paris allumait un réverbère sur deux les nuits de clair de lune pour économiser l’énergie. En 1988, l’UNESCO consacre dans la « déclaration des droits pour les générations futures » un volet spécifique à la conservation du ciel et de sa pureté. Cela fait donc une vingtaine d’années que les astronomes tirent la sonnette d’alarme et tente de sensibiliser les dirigeants à ce problème. Mais la prise de conscience n’a eu lieu qu’en 1990.
| De nombreux pays ont déjà réglementé la pollution lumineuse : l’International Dark-Sky Association a obtenu dès 1986, que certains états tels l’Arizona, le Nouveau-Mexique ou encore le Texas suppriment leurs éclairages parasites. Trois régions de l’Italie ont suivi l’exemple : la Vénétie en 1997, le Val d’Aoste en 1998 et la Lombardie en 2000. Le Chili et la République Tchèque, et plus récemment l’Angleterre et la Belgique, sont les pionniers en ce qui concerne la législation. |
Greenlight est le premier projet, lancé en 2000 par la direction de l’énergie et des transports de la Commission Européenne pour promouvoir des systèmes d’éclairage performants dans le secteur tertiaire et les espaces extérieurs. Pour cela, quelques solutions sont envisageables : remplacer les lampes à vapeur de mercure. Ces lampadaires à grosses boules, symboles des villes lumière des années 1970, représenteraient à eux seuls une économie énergétique de 40%. Il suffit pour cela de les substituer par des systèmes moins énergivores tels les ampoules à basse consommation, des minuteries ou des détecteurs de mouvements.
Cela permettrait de réduire la production annuelle de CO2 de 30% soit l’équivalent de 185 000 tonnes, d’après les études de l’ADEME (Agence De l’Environnement et de la Maitrise de l’Energie). Les solutions envisageables allient donc économie d’énergie c’est-à-dire des éclairages à moindre coût, et réduction de la pollution. Surtout lorsque l’on sait que les éclairages publics représentent environ 48% de la facture énergétique des communes et sont responsables de 4% des émissions totales de gaz à effet de serre en France.
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Photo : J’ai Choisy de nuit, menfes qeddus, flickr









